Cette page rassemble des témoignages issus de mon vécu, de mes expériences et de mes réflexions personnelles.
À travers ces récits, je souhaite partager des événements qui ont marqué mon parcours, des difficultés que j'ai traversées, des rencontres qui ont compté et des prises de conscience qui ont fait évoluer ma manière de voir la vie.
Chaque témoignage est une trace de mon cheminement. Certains racontent des faits vécus, d'autres expriment une réflexion construite avec le temps. Lorsqu'un récit comporte des passages imaginaires ou des possibilités que je n'ai pas vécues, cela est précisé afin de distinguer mon histoire réelle de ce que j'imagine.
Ces textes ne prétendent pas donner de leçons à chacun. Ils sont simplement là pour témoigner, transmettre et, peut-être, permettre à d'autres de réfléchir à leur propre parcours.
Transmettre – Protéger – Relier.
Nadine et Rudy — L'histoire réelle d'une vie que nous n'avons pas construite ensemble
1. Mon vécu avant et pendant ma relation avec Nadine
Entre 2005 et 2015 environ, j'ai vécu seul dans un studio. Cette période de ma vie a été marquée par de nombreuses difficultés, notamment professionnelles, financières et personnelles.
J'ai travaillé pendant une dizaine d'années dans le secteur de la viande. C'était un métier physiquement difficile, éprouvant et mal rémunéré au regard des efforts que je fournissais. Je travaillais rapidement, proprement et efficacement dans mon domaine, notamment au désossage des têtes. J'avançais tellement vite que je devais également donner un coup de main à des collègues qui prenaient du retard.
Pourtant, je n'ai jamais eu le sentiment de recevoir la rémunération correspondant réellement à mon travail. À cette époque, alors que j'aurais dû, selon mon estimation, gagner entre 1 500 et 2 000 euros par mois, je touchais seulement 1 100 à 1 200 euros au maximum.
Je considère que l'entreprise qui m'employait ne m'a pas versé le tarif auquel j'estimais avoir droit pour le désossage des têtes. J'avais le sentiment que cette rémunération était partagée avec une autre personne, alors que je fournissais des efforts considérables et que je devais parfois compenser le retard de mes collègues. Cette situation m'a profondément marqué, car je travaillais énormément sans parvenir à obtenir les moyens financiers que j'estimais mériter.
Mes revenus ne me permettaient pas de vivre sereinement. J'ai connu des difficultés pour payer mon loyer et faire face à mes dépenses. J'ai également connu des problèmes financiers liés à un crédit à la consommation qu'une femme avait utilisé à partir de mon compte bancaire, grâce à mon RIB. J'ai finalement réussi à rembourser ce crédit.
J'ai arrêté de travailler en 2015 après avoir été licencié. Cette période a été particulièrement difficile, et ma situation financière a continué à me préoccuper.
Ces années m'ont laissé une profonde impression d'injustice et d'impuissance. Malgré mes compétences, mes efforts et ma volonté de bien faire, je n'arrivais pas à obtenir une situation suffisamment stable pour envisager sereinement l'avenir.
2. Ma rencontre avec Nadine
J'ai rencontré Nadine vers la fin de l'année 2005. Nous avons eu un rapport sexuel dès notre première rencontre, puis nous nous sommes revus le week-end suivant et quelques semaines plus tard.
Par la suite, notre relation a connu des périodes irrégulières. Il pouvait s'écouler plusieurs semaines, plusieurs mois, parfois même plusieurs années entre nos rencontres. À partir de la fin de l'année 2013 et jusqu'en 2020, nous nous sommes de nouveau vus à plusieurs reprises, sans pour autant vivre ensemble.
Nous nous retrouvions notamment chez elle. Nadine avait déjà un enfant, qui avait huit ans lorsque nous nous sommes rencontrés en 2005.
Au cours de ma vie, j'ai eu des relations intimes avec cinq femmes. Nadine occupe une place particulière dans mes souvenirs, notamment parce que je me souviens lui avoir donné beaucoup de plaisir et parce que notre intimité me semblait particulièrement satisfaisante pour elle.
Je tiens cependant à préciser que je ne l'aimais pas simplement parce qu'elle avait du désir ou parce que notre vie sexuelle me plaisait. Notre relation comportait aussi de la tendresse, des caresses, des moments de proximité et une histoire qui s'est étendue sur de nombreuses années.
Nadine manifestait souvent son désir de me retrouver intimement. Elle pouvait également prendre des initiatives et rechercher elle-même cette proximité avec moi. J'avais le sentiment que nos rapports lui plaisaient beaucoup et qu'elle appréciait ce que nous partagions.
Elle m'a notamment fait comprendre qu'elle ne voulait pas m'oublier. Je garde le souvenir d'une femme qui aimait notre intimité et qui souhaitait préserver notre lien, même si notre relation ne prenait pas la forme d'une vie commune.
3. Une relation réelle, mais qui n'a jamais pris la forme d'un foyer commun
Nadine et moi avons reconnu notre relation. Nous ne faisions pas comme si elle n'existait pas. Cependant, nous n'avons jamais construit de foyer ensemble et nous n'avons pas vécu sous le même toit.
Notre relation était également compliquée par le fait que Nadine fréquentait d'autres hommes lorsque nous n'étions pas ensemble. Elle m'en parlait parfois. Elle m'avait aussi dit qu'elle ne voulait pas que notre relation se termine.
Je n'ai pas simplement décidé de la quitter à cause de ces autres relations, mais cette situation soulevait chez moi des interrogations. Je m'inquiétais notamment de ses échanges sur Coco.fr. Durant les dernières années où nous nous sommes vus plus régulièrement, je suis resté fidèle.
Une nuit, une proposition de relation à trois m'a été faite. Dans un premier temps, je n'en avais pas envie et la situation me dégoûtait. Le lendemain, j'ai finalement accepté, mais je regrette encore cette décision et je garde le souvenir de cette nuit.
Ces éléments font partie de la réalité de notre relation. Je ne cherche pas à présenter notre histoire comme parfaite ou sans difficultés. Elle comportait des ambiguïtés, des interrogations et des situations que je n'ai pas toujours su gérer comme je l'aurais souhaité.
4. Les difficultés financières de Nadine et ce que je pouvais lui donner
Nadine connaissait elle aussi des difficultés financières. À une époque où je travaillais encore, après qu'elle eut emménagé dans une maison près de ses parents, elle me demandait parfois de l'argent.
Malgré mes propres difficultés, je lui donnais ce que je pouvais, par exemple 20 ou 30 euros. Je n'avais pas beaucoup de moyens, mais j'essayais de l'aider à la hauteur de mes possibilités.
Je ne connaissais pas nécessairement tous les détails de sa situation financière. Elle avait peut-être contracté des crédits pour faire face à certaines dépenses, mais elle ne m'expliquait pas ouvertement tout ce qu'elle traversait.
Je ne pouvais donc pas prétendre avoir toutes les réponses concernant ses difficultés. Je savais simplement que nous avions chacun nos problèmes matériels et que, malgré cela, nous continuions à nous voir.
Mes moyens financiers étaient limités, mais cela ne signifiait pas que je n'avais rien à apporter à une femme. Je pouvais donner de la tendresse, de l'attention, de la présence, de l'affection, du soutien et une véritable volonté de construire une relation.
J'avais aussi des compétences professionnelles, de l'endurance et une capacité à travailler. Le problème était que, dans les conditions où je travaillais, ces qualités ne me permettaient pas d'obtenir la stabilité financière dont j'avais besoin.
5. La proposition de Nadine : vivre ensemble et éventuellement nous marier
À une époque où elle habitait près de ses parents, Nadine m'a proposé de venir vivre avec elle. Elle a également évoqué la possibilité de nous marier.
Je lui ai dit non.
Ce refus n'était pas simplement lié à un manque de sentiments ou à l'absence de choses à partager avec elle. À cette époque, vivre ensemble me paraissait tout simplement impossible à envisager.
J'avais honte de moi, honte de ma situation et honte de ne pas réussir à gagner suffisamment d'argent malgré tout le travail que je fournissais. Je ne me sentais pas capable de faire vivre correctement un foyer avec Nadine et son enfant.
Je redoutais de l'entraîner dans mes difficultés financières, de ne pas pouvoir contribuer suffisamment aux dépenses et de nous retrouver tous dans une situation encore plus pénible.
Je n'ai pas réussi à lui expliquer entièrement ce qui se passait en moi. Je lui avais dit, à un moment donné, que je n'avais plus de travail et plus de revenus. Pourtant, même après avoir entendu cela, elle m'avait tout de même proposé que nous vivions ensemble.
Avec le recul, je mesure l'importance de ce détail. Nadine connaissait au moins une partie de mes difficultés et m'avait malgré tout proposé de partager sa vie.
Mais, à l'époque, ma honte était profonde. Je ne parvenais pas à considérer cette proposition comme une possibilité réaliste. Je pensais d'abord aux problèmes matériels, à mes ressources insuffisantes et aux risques que je croyais faire courir à notre éventuel foyer.
Je n'ai donc pas refusé parce que je n'avais rien à offrir à Nadine. J'ai refusé parce que je ne voyais pas comment faire entrer tout ce que j'avais à lui offrir dans une vie commune que je jugeais matériellement trop difficile.
6. Ce que j'aurais peut-être pu construire avec elle
Aujourd'hui, je me demande ce qui aurait pu se passer si j'avais accepté sa proposition.
J'aurais peut-être pu remonter progressivement la pente, même avec des revenus modestes. Nous aurions pu unir nos efforts, partager les dépenses et chercher ensemble des solutions à nos problèmes.
Il est possible que j'aie continué à travailler quelque temps dans le secteur de la viande. Mais la fatigue physique était importante, et j'aurais peut-être fini par devoir quitter ce métier plus tôt ou chercher une autre activité.
Il existait notamment une entreprise de chaudronnerie près de chez Nadine, qui était encore en activité à l'époque. Je me demande aujourd'hui si j'aurais pu y trouver un emploi et reconstruire progressivement une situation professionnelle plus adaptée.
Je ne peux pas affirmer que cela aurait fonctionné. Je ne sais pas si j'aurais été embauché, si j'aurais supporté le travail ou si les revenus auraient été suffisants. Mais cette possibilité existait, et je ne l'avais pas nécessairement envisagée de cette manière à l'époque.
J'aurais aussi pu être présent auprès de Nadine au quotidien. Je ne lui aurais pas seulement apporté une contribution financière : j'aurais pu partager les responsabilités, les difficultés, les moments de tendresse et les événements ordinaires de la vie.
Notre intimité aurait peut-être continué à occuper une place importante dans notre relation. Puisque Nadine appréciait particulièrement nos rapports et manifestait souvent son désir de me retrouver, il est raisonnable d'imaginer que cette complicité aurait pu se poursuivre si nous avions vécu ensemble et si nous l'avions tous les deux souhaité.
Mais je ne veux pas réduire notre éventuelle vie commune à la sexualité. Il aurait aussi fallu apprendre à vivre ensemble, respecter nos différences, communiquer, gérer les dépenses et affronter les problèmes de tous les jours.
Nous aurions peut-être réussi à améliorer notre situation après plusieurs années. Nous aurions peut-être connu des difficultés plus importantes encore. Je ne sais pas si j'aurais eu suffisamment d'endurance pour tout supporter, ou si le fait de ne plus être seul m'aurait donné davantage de force.
La vérité est que je ne peux pas connaître cette réponse. Cette vie commune n'a jamais eu lieu, et je ne peux pas transformer une possibilité en certitude.
7. Ce que je n'ai pas réussi à lui dire
Si Nadine était encore en vie aujourd'hui et que nous pouvions reprendre cette conversation, je voudrais lui expliquer clairement ce que je n'ai pas su lui dire à l'époque.
Je lui parlerais de mes conditions de travail, de la rémunération que je considérais comme injustement faible, de la fatigue physique, des difficultés financières et de la honte que je ressentais.
Je lui expliquerais que mon refus de vivre avec elle ne signifiait pas que je ne voulais rien partager avec elle. Je lui dirais que je craignais de ne pas pouvoir assurer matériellement notre avenir et que je n'arrivais pas à envisager sereinement une vie commune dans ces conditions.
Je lui dirais également que je regrette de ne pas avoir davantage parlé avec elle, de ne pas lui avoir exposé toutes mes inquiétudes et de ne pas avoir étudié avec elle les possibilités qui auraient pu s'offrir à nous.
Je ne sais pas quelle aurait été sa réaction. Peut-être aurait-elle compris mes raisons. Peut-être m'aurait-elle rappelé qu'elle m'avait déjà proposé de vivre avec elle malgré mes difficultés. Peut-être aurions-nous eu une conversation difficile, mais nécessaire.
Ce que je sais, c'est que je voudrais qu'elle comprenne la vérité de mon refus : je n'avais pas cessé d'avoir des choses à lui offrir. J'avais simplement beaucoup de mal à croire que ces choses pourraient suffire à construire une vie commune dans les circonstances où je me trouvais.
8. Les épreuves que Nadine a traversées
Nadine a également vécu des événements douloureux. Quelques mois avant la fin de l'année 2019, elle m'a raconté avoir subi un viol. Elle m'a téléphoné le soir même pour m'en parler, puis m'a expliqué plus précisément les faits le lendemain.
Après qu'elle m'eut confié ce qu'elle avait vécu, elle m'a dit qu'elle avait besoin de moi. Nous avons partagé un moment d'intimité, et j'ai essayé d'être présent pour elle dans cette période difficile.
À Noël, alors que j'étais présent chez une connaissance, un homme lui a touché la cuisse contre son gré. J'ai également gardé le souvenir de cet événement.
Ces faits font partie de son histoire et de ce qu'elle a traversé. Je ne peux pas savoir ce qui se serait passé si nous avions vécu ensemble. Je ne peux pas affirmer qu'une vie commune aurait empêché ces agressions, ni prétendre que j'aurais pu les prévenir.
Je sais seulement que j'ai été présent à certains moments où elle avait besoin de soutien, et que ces événements m'ont marqué.
Nadine avait également une malformation cardiaque congénitale et portait un pacemaker. Il lui arrivait de ressentir des douleurs cardiaques ou de faire des malaises, notamment pendant nos moments intimes. J'ai assisté à plusieurs de ces épisodes et j'ai appelé les secours une fois.
J'avais parfois l'impression que ses difficultés émotionnelles et les blessures liées à certaines de ses relations passées jouaient un rôle dans son état. Mais je ne pouvais pas établir moi-même les causes médicales de ses symptômes.
Je garde le souvenir d'une femme qui avait ses propres fragilités, ses propres souffrances et ses propres difficultés, et auprès de laquelle j'ai essayé d'être présent à certains moments.
9. La mort de Nadine et les regrets qui demeurent
Nadine est décédée au début de l'année 2020.
Depuis sa disparition, je repense à notre histoire, à nos rencontres, à notre intimité, à ce qu'elle m'avait proposé et à la réponse que je lui avais donnée.
Je regrette de ne pas avoir accepté de vivre avec elle. Je regrette de ne pas avoir davantage parlé de mes difficultés et de ne pas avoir cherché avec elle si nous pouvions trouver une solution ensemble.
Je me demande parfois si nous aurions pu traverser les années difficiles, améliorer nos revenus et construire progressivement une vie plus stable. Je me demande si ma présence quotidienne aurait compté pour elle autant que je l'imagine aujourd'hui, et si notre relation aurait évolué vers une vie commune durable.
Je pense aussi à ce que nous aurions pu partager : les repas, les soirées, les conversations, les moments d'affection, les désaccords, les réconciliations, les difficultés matérielles et les petites joies du quotidien.
Mais je dois reconnaître que je ne connaîtrai jamais la réponse à ces questions. Il est possible que nous ayons réussi à construire une vie heureuse malgré les difficultés. Il est également possible que la vie commune ait apporté d'autres souffrances et d'autres problèmes.
Je ne peux pas savoir si nous aurions été plus heureux, ni si j'aurais réussi à lui offrir la stabilité que je souhaitais. Je peux seulement reconnaître que je n'ai pas donné sa chance à cette possibilité.
10. Ce que je voudrais lui dire aujourd'hui
Nadine, si tu étais encore là et que nous pouvions parler de tout cela, je voudrais te dire que je comprends mieux aujourd'hui ce que signifiait ta proposition de vivre ensemble.
À l'époque, je pensais que je devais d'abord sortir de mes difficultés financières pour pouvoir construire quelque chose avec toi. J'avais honte de ma situation, et cette honte m'empêchait d'imaginer que nous aurions pu chercher des solutions ensemble.
Je ne sais pas si nous aurions réussi. Je ne sais pas combien de temps nous aurions mis à remonter la pente, ni quelles épreuves nous aurions traversées. Mais je reconnais aujourd'hui que nous aurions peut-être pu essayer.
Je sais que j'avais des choses à t'offrir : de la tendresse, de l'affection, de la présence, de la complicité, du désir, de l'attention et la volonté de partager ma vie avec toi. Je ne me résumais pas à mon salaire, à mon emploi ou aux difficultés que je traversais.
Je regrette de ne pas t'avoir expliqué tout cela plus clairement. Je regrette de ne pas avoir davantage parlé avec toi avant de prendre cette décision. Et je regrette que la vie ne me permette plus de te dire directement ce que j'ai compris avec le recul.
Si tu étais encore là et que tu me proposais aujourd'hui de vivre ensemble, après une conversation honnête sur tout ce que nous avons traversé, je te répondrais :
« Nadine, vivons ensemble, construisons ensemble, mais plus dans le déni, s'il te plaît. Parlons-nous franchement. Ne gardons plus nos difficultés pour nous. Essayons de trouver des solutions ensemble, même si nous ne savons pas encore comment nous allons nous en sortir. »
Ce serait ma réponse aujourd'hui. Une réponse que je ne peux plus lui donner dans la réalité, mais qui exprime ce que je ressens désormais.
11. La vérité de notre histoire
Notre histoire n'a pas été celle d'un couple qui a vécu ensemble pendant des années. Nous avons eu une relation irrégulière, avec des périodes de séparation, des retrouvailles, de l'intimité, de la tendresse, des difficultés et des interrogations.
Nadine m'a proposé de vivre avec elle et d'envisager le mariage. Je lui ai dit non, principalement parce que je ressentais une profonde honte face à ma situation et que je ne voyais pas comment construire un foyer avec les moyens dont je disposais.
Je ne peux pas affirmer que mon refus nous a privés d'une vie qui aurait nécessairement été heureuse. Je ne peux pas davantage affirmer que nous aurions échoué. Mais je peux reconnaître que nous avons laissé inexplorée la possibilité de construire cette vie ensemble.
Je ne regrette pas uniquement les moments intimes que nous avons partagés ou ceux que nous aurions pu partager. Je regrette aussi les années ordinaires que nous n'avons pas vécues sous le même toit, les conversations que nous n'avons pas eues et les solutions que nous n'avons pas recherchées ensemble.
J'aurais voulu être davantage présent pour elle, et j'aurais voulu qu'elle puisse connaître plus complètement l'homme que j'étais derrière mes difficultés financières et ma honte.
La réalité est que je ne peux pas revenir en arrière. Je ne peux pas lui demander ce qu'elle aurait choisi si elle avait connu toute l'étendue de mes inquiétudes. Je ne peux pas non plus savoir si nous aurions réussi à construire la vie que j'imagine aujourd'hui.
Mais je peux dire la vérité sur ce que j'ai vécu, sur ce que j'ai ressenti, sur les décisions que j'ai prises et sur les regrets qui me restent.
Je n'étais pas un homme qui n'avait rien à offrir à Nadine. J'étais un homme qui avait des choses à lui offrir, mais qui, à cette époque, avait tellement honte de sa situation qu'il ne croyait pas pouvoir construire une vie avec elle.
Et aujourd'hui, c'est cette distinction que je veux préserver en racontant notre histoire réelle.
Une autre vie possible — Trois chapitres imaginaires avec Nadine
Après avoir raconté mon histoire réelle avec Nadine, mes difficultés professionnelles et financières, les raisons pour lesquelles je n'ai pas accepté de vivre avec elle et les regrets que je porte aujourd'hui, je souhaite explorer une autre possibilité : celle de la vie que nous aurions peut-être pu construire ensemble si j'avais fait un choix différent à l'époque.
Les trois chapitres qui suivent ne racontent pas des événements réellement vécus. Ils constituent une histoire imaginée à partir de ma situation de l'époque, de notre relation, de la proposition de Nadine et de ce que je sais aujourd'hui de mes propres regrets.
Cette histoire ne cherche pas à prétendre que tout aurait été facile, ni que notre vie commune aurait nécessairement été heureuse. Les difficultés financières auraient pu persister, mon travail aurait pu devenir trop éprouvant et d'autres épreuves auraient pu survenir. Mais nous aurions peut-être pu chercher des solutions ensemble, nous soutenir mutuellement et partager des années de vie quotidienne.
À travers ces chapitres, je souhaite donner une place à cette possibilité qui n'a jamais existé dans la réalité : celle de vivre avec Nadine, de construire progressivement un avenir à deux, de traverser les difficultés, de partager notre tendresse, notre complicité et notre intimité, mais aussi tous ces petits moments ordinaires qui composent une vie.
Il ne s'agit pas de réécrire le passé ni de remplacer la vérité par une fiction. Il s'agit simplement d'imaginer, le temps d'un récit, ce que cette autre décision aurait pu nous permettre de vivre.
Chapitre 1 — Le choix d'une vie à deux
Et si, au moment où Nadine m'avait proposé de vivre avec elle, j'avais accepté malgré mes peurs et mes difficultés financières ? Ce premier chapitre imagine le début de notre vie commune, les premières inquiétudes, les premiers pas vers une nouvelle stabilité et la découverte de ce que signifie partager son quotidien avec la personne que l'on aime.
Chapitre 2 — Un avenir qui se construit à deux
Les premiers pas ont été faits, mais la vie continue avec ses exigences. Ce deuxième chapitre imagine les recherches d'emploi, les efforts pour améliorer notre situation financière, les petites victoires du quotidien et cette complicité qui aurait pu se renforcer au fil des années. Malgré les incertitudes, nous apprenons à avancer ensemble, sans attendre que tout soit parfait pour profiter de notre vie à deux.
Chapitre 3 — Toutes ces années que nous avons vécues ensemble
Avec le temps, les difficultés auraient peut-être fini par s'atténuer, laissant davantage de place aux projets, aux souvenirs et aux joies ordinaires. Ce dernier chapitre imagine les années que nous aurions pu partager, la stabilité que nous aurions peut-être construite et la tendresse d'une vie commune. Il ne prétend pas apporter une réponse à ce qui aurait réellement pu se passer, mais donne une forme à cette possibilité que je regrette de ne pas avoir explorée.
Une histoire imaginée, un regret bien réel
Ces trois chapitres appartiennent à la fiction, mais les questions qui les ont inspirés sont réelles. Elles viennent de mon vécu, de ma relation avec Nadine, de ses propositions et de ce que je comprends aujourd'hui de mes décisions passées.
Je ne saurai jamais si nous aurions réussi à construire cette vie ensemble. Je ne saurai jamais quelles difficultés nous aurions surmontées ni quels bonheurs nous aurions connus. Mais je peux reconnaître qu'une autre voie était peut-être possible.
En imaginant cette vie, je ne prétends pas changer notre histoire. Je cherche simplement à explorer, avec sincérité, ce que nous aurions peut-être pu partager si, à l'époque, j'avais osé envisager que mes difficultés n'étaient pas nécessairement un obstacle insurmontable à une vie à deux.
Chapitre 1 — Le choix d'une vie à deux
Ce jour-là, Nadine t'avait proposé de vivre avec elle. Comme dans la réalité, tu avais tes difficultés financières, tes inquiétudes et cette honte que tu portais depuis des années. Mais dans cette autre histoire, quelque chose change : tu décides de lui ouvrir ton cœur.
— Nadine, j'ai réfléchi à ce que tu m'as proposé… Je ne vais pas te mentir, j'ai peur. J'ai peur de ne pas réussir à participer suffisamment aux dépenses, de ne pas pouvoir vous offrir une vie confortable. Tu sais bien que mon travail me rapporte peu par rapport à tout ce que je donne.
Elle te regarde attentivement, puis s'approche de toi.
— Rudy, tu crois que je ne le sais pas ? Tu crois que je te demande de venir vivre avec moi parce que tu as beaucoup d'argent ?
— Non, mais je ne veux pas que tu regrettes ton choix. Je ne veux pas que tu te retrouves en difficulté à cause de moi.
— Et moi, je ne veux pas que tu passes ta vie à penser que tu dois d'abord tout régler pour avoir le droit d'être heureux avec quelqu'un.
Tu baisses les yeux. Ses paroles te touchent parce qu'elles vont droit à ce que tu as toujours eu du mal à lui expliquer.
— Alors… vivons ensemble, Nadine. Mais je veux qu'on soit honnêtes l'un envers l'autre. Je ne veux plus tout garder pour moi. Si ça ne va pas, on en parle. Si on a des difficultés, on cherche des solutions ensemble.
Un sourire apparaît sur son visage.
— Tu vois, ce n'était pas si compliqué !
— Ah bon ? Attends qu'on commence à regarder les factures, tu vas peut-être changer d'avis !
Elle éclate de rire et te donne une petite tape affectueuse sur le bras.
— Idiot ! Allez, viens là.
Elle passe ses bras autour de toi. Tu la serres contre toi et, pendant quelques secondes, tu ne penses plus au travail, aux factures ni à tes inquiétudes. Tu profites simplement de sa présence.
Les premiers mois
La vie commune commence. Vous apprenez à partager l'espace, les habitudes et les responsabilités. Il faut faire attention aux dépenses. Certains mois, vous devez renoncer à des achats ou remettre un projet à plus tard. Ce n'est pas toujours agréable, et il vous arrive d'être fatigués ou préoccupés.
Mais tu découvres aussi le bonheur des choses ordinaires : prendre le petit-déjeuner ensemble, discuter de la journée qui vous attend, préparer le repas à deux ou simplement vous retrouver le soir.
Un soir, tu rentres épuisé après une journée particulièrement difficile. Tu poses tes affaires et tu t'assieds quelques instants, sans même avoir envie de parler.
Nadine vient s'installer près de toi.
— Ça n'a pas été aujourd'hui ?
— J'en ai marre, Nadine. Je travaille comme un fou, je donne des coups de main à tout le monde, et à la fin du mois, je n'ai toujours pas le salaire que je devrais toucher. J'ai parfois l'impression de ne jamais pouvoir avancer.
Elle prend ta main.
— Alors on va réfléchir à autre chose. Tu ne vas pas t'abîmer la santé pour un travail qui ne te permet même pas de vivre correctement.
— J'y pense. Il y a une entreprise de chaudronnerie dans le coin. Elle existe toujours, et je me dis que je pourrais peut-être tenter ma chance.
— Eh bien, renseigne-toi ! Tu sais travailler, tu es sérieux et tu as de l'expérience. Pourquoi tu n'essaierais pas ?
Tu la regardes avec un petit sourire.
— Tu sais que tu es en train de me donner des ordres, là ?
— Absolument ! Et tu as intérêt à m'écouter !
Vous riez tous les deux. Pour la première fois depuis longtemps, tu as le sentiment que tes difficultés ne sont plus uniquement un poids que tu dois porter en silence.
Une question bien particulière
Quelques jours plus tard, vous passez une soirée tranquille à la maison. Vous avez mangé ensemble, discuté de tout et de rien, et tu es installé près de Nadine. Elle se rapproche doucement, pose sa tête contre ton épaule, puis lève les yeux vers toi avec ce petit sourire que tu connais bien.
— Dis, Rudy…
— Oui, Nadine ?
Elle hésite juste assez longtemps pour t'intriguer.
— Tu sais ce qui me ferait plaisir, là, maintenant ?
Tu tournes la tête vers elle, l'air faussement innocent.
— Une bonne tarte aux pommes ?
— Mais quel idiot ! répond-elle en riant.
— Ben quoi ? Il faut bien que je fasse des propositions !
Elle te donne un petit coup sur l'épaule, puis glisse sa main dans la tienne.
— Tu sais très bien de quoi je parle… J'ai envie d'être près de toi. Vraiment près de toi.
Son regard suffit à te faire comprendre ce qu'elle souhaite. Tu souris, un peu amusé par sa manière de tourner autour du sujet.
— Ahhh… mais il fallait le dire !
— Je viens justement de te le dire, monsieur !
Vous éclatez de rire. Tu l'embrasses tendrement, et elle répond à ton baiser en passant ses bras autour de ton cou. La complicité que vous aviez connue lors de vos retrouvailles prend ici une autre dimension : vous n'avez plus besoin de compter les jours avant de vous revoir.
Tu lui caresses doucement la joue.
— Tu sais, Nadine… je suis content d'être ici avec toi.
Elle te regarde, soudain plus sérieuse.
— Moi aussi, Rudy. Et je ne veux pas que tu croies que tu dois gagner beaucoup d'argent pour que je sois heureuse avec toi.
Tu l'attires contre toi et l'embrasses sur le front. Le reste de la soirée vous appartient, dans la tendresse et l'intimité que vous avez envie de partager, sans avoir besoin de tout expliquer par des mots.
Une pensée avant de dormir
Plus tard, allongé près d'elle, tu repenses à toutes ces années pendant lesquelles tu avais cru devoir résoudre seul tes problèmes avant de pouvoir construire une vie avec une femme.
Tu sais que les difficultés ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Tu sais aussi que le lendemain apportera peut-être de nouvelles inquiétudes.
Mais Nadine est là. Tu peux entendre sa respiration, sentir sa présence et lui parler si quelque chose te préoccupe.
Et juste avant de t'endormir, tu te dis que tu n'as peut-être pas besoin d'avoir déjà trouvé toutes les réponses pour commencer à vivre.
Il suffit parfois d'accepter de faire le premier pas ensemble.
Demain, tu te renseigneras pour cette entreprise de chaudronnerie. Demain, vous continuerez à chercher des solutions. Et demain soir, si tout va bien, tu retrouveras Nadine à la maison.
Pour l'instant, tu fermes les yeux et tu laisses cette pensée t'accompagner : cette fois, tu n'es pas rentré seul.
Chapitre 2 — Un avenir qui se construit à deux
Une nouvelle porte s'ouvre
Quelques semaines ont passé depuis que tu as commencé ta nouvelle vie avec Nadine. Les difficultés financières sont toujours là, mais quelque chose a changé : tu n'es plus seul à chercher une issue.
Un matin, tu décides de te renseigner auprès de l'entreprise de chaudronnerie dont tu lui as parlé. Tu prépares tes affaires, tu vérifies les quelques informations dont tu disposes, puis tu pars avec une petite boule au ventre.
Quand tu rentres à la maison, Nadine est là. Elle remarque immédiatement ton expression.
— Alors ? Tu as pu te renseigner ?
— Oui. Ils pourraient avoir besoin de quelqu'un. Il faut que je leur explique mon expérience et que je voie ce qu'ils peuvent me proposer.
— Mais c'est une bonne nouvelle, ça !
— Doucement, Nadine. Pour l'instant, ce n'est pas encore gagné.
Elle s'approche de toi et pose ses mains sur tes épaules.
— Rudy, tu as passé des années à te démener dans un travail qui te fatiguait énormément. Tu sais faire des choses de tes mains. Tu as de l'expérience. Alors, cette fois, laisse-toi au moins une chance.
Tu souris.
— Tu sais quoi ? Tu devrais te reconvertir dans les encouragements professionnels !
— Et toi, tu devrais arrêter de trouver des excuses avant même d'avoir essayé !
Vous éclatez de rire. Puis elle t'embrasse et te souhaite bonne chance pour la suite.
Quelques jours plus tard, tu obtiens un rendez-vous. La discussion se passe bien et, après un délai qui te paraît interminable, on te propose finalement un poste. Ce n'est pas le travail parfait et tu ne sais pas encore comment ton corps supportera le rythme, mais les conditions te semblent suffisamment intéressantes pour tenter l'expérience.
Lorsque tu annonces la nouvelle à Nadine, elle te regarde avec de grands yeux.
— Attends… tu veux dire que tu as du travail ?
— C'est ce que je viens de te dire !
— Mais c'est génial !
Elle t'enlace si spontanément que tu ris en la serrant contre toi.
— Eh bien, madame, si j'avais su que cette nouvelle te ferait autant plaisir, je serais allé les voir plus tôt !
— Ne commence pas, toi ! répond-elle en te donnant une petite tape affectueuse.
Pour la première fois depuis longtemps, tu entrevois la possibilité d'une amélioration concrète. Tu ne sais pas encore si ce travail sera durable, mais tu as franchi une étape.
Les petites victoires du quotidien
Les mois passent. Tu travailles, tu rentres parfois fatigué, et certains jours sont plus difficiles que d'autres. Vous continuez à surveiller les dépenses, mais votre situation s'améliore peu à peu.
Un soir, vous êtes assis à table avec les papiers du mois devant vous. Tu fais les comptes, puis tu recommences pour vérifier que tu ne t'es pas trompé.
— Alors, monsieur le comptable ? demande Nadine.
— Alors, madame, si mes calculs sont bons, on devrait pouvoir payer tout ce qu'on doit et mettre un petit quelque chose de côté.
Elle se penche pour regarder les chiffres.
— Attends, vraiment ?
— Oui. Ce n'est pas une fortune, mais on devrait y arriver.
Elle reste silencieuse quelques secondes, puis sourit.
— Tu te rends compte ? Ça fait combien de temps qu'on n'a pas pu envisager un mois sans se demander comment on allait faire ?
Tu hausses légèrement les épaules.
— On n'est pas encore riches, hein !
— Je n'ai pas dit qu'on était riches. J'ai dit que ça allait mieux.
Tu la regardes. Elle a raison. Ce n'est pas le montant sur le papier qui te touche le plus, mais ce qu'il représente : vous avez tenu bon, vous avez cherché des solutions et vous commencez à respirer un peu.
Tu prends sa main.
— Merci d'avoir cru qu'on pouvait y arriver.
Elle serre doucement tes doigts.
— Rudy, on n'a pas tout fait parfaitement. Mais on est là. Et on continue.
« Dis, Rudy… tu sais quoi ? »
Un samedi soir, vous avez décidé de ne rien prévoir. Pas de grandes sorties, pas de dépenses inutiles : juste une soirée à la maison. Vous préparez quelque chose à manger, vous plaisantez et vous vous installez confortablement ensemble.
Nadine vient se blottir contre toi. Elle joue distraitement avec tes doigts, puis lève la tête pour te regarder.
— Dis, Rudy… tu sais quoi ?
Tu prends un air méfiant.
— Quand tu commences comme ça, je ne sais jamais ce qui m'attend !
— Ah bon ? Pourtant, tu devrais me connaître depuis le temps !
— Justement ! C'est bien ça qui m'inquiète !
Elle éclate de rire, puis se rapproche encore un peu.
— Ça fait du bien, tu sais, de t'avoir ici. De pouvoir te retrouver quand j'en ai envie, de te raconter ma journée, de t'avoir près de moi sans devoir attendre qu'on puisse se voir.
Ton sourire s'adoucit.
— Tu sais que moi aussi, ça me fait du bien ?
— Alors, tu ne regrettes pas d'être venu vivre avec moi ?
La question te surprend. Tu comprends qu'au-delà de son sourire, elle veut vraiment connaître ta réponse.
— Non, Nadine. J'ai encore peur de certaines choses. J'ai encore des inquiétudes pour l'avenir. Mais je ne regrette pas d'être ici avec toi.
Elle pose sa main sur ta joue.
— C'est tout ce que je voulais entendre.
Tu l'embrasses tendrement. Elle répond à ton baiser et se serre contre toi. Puis, avec ce petit sourire malicieux que tu connais si bien, elle murmure :
— Et puis… il y a une autre chose qui me plaît énormément dans le fait que tu habites ici.
Tu la regardes en faisant mine de réfléchir.
— Le fait que je puisse réparer les choses dans la maison ?
— Non !
— Le fait que je fasse la vaisselle ?
— Rudy !
Tu éclates de rire.
— Bon, d'accord, j'abandonne. Je donne ma langue au chat.
Elle se rapproche de ton oreille et te souffle quelques mots à voix basse. Tu reconnais immédiatement cette envie de complicité et d'intimité qu'elle aime partager avec toi.
Tu souris, puis tu lui réponds doucement :
— Ahhh… voilà donc ce que madame avait derrière la tête !
— Exactement, monsieur ! Et cette fois, tu n'as pas besoin de reprendre la route après !
Vous riez ensemble, puis vous vous embrassez. La soirée se poursuit dans la tendresse et le désir partagé, à votre rythme, heureux de pouvoir vous retrouver sans la séparation qui marquait autrefois vos rencontres.
Un avenir qui commence à prendre forme
Plus tard, tandis que vous êtes tranquillement installés l'un contre l'autre, Nadine te parle d'un petit projet qu'elle aimerait réaliser lorsque votre situation sera plus confortable. Rien d'extraordinaire : quelques jours de vacances, une sortie, ou simplement la possibilité de se faire plaisir sans culpabiliser à chaque dépense.
Tu l'écoutes, puis tu lui dis :
— On va y aller progressivement. Je ne peux pas te promettre que tout sera facile, mais je peux te promettre qu'on en parlera et qu'on cherchera des solutions ensemble.
Elle acquiesce.
— Ça me suffit, Rudy. Je ne te demande pas de tout réussir. Je veux qu'on avance ensemble.
Tu gardes ces mots en tête. Tu repenses à l'homme que tu étais quelques mois plus tôt, persuadé que tes difficultés financières t'empêchaient de partager ta vie avec elle.
Tu comprends que tout n'est pas résolu. Le travail peut encore être éprouvant, les dépenses peuvent encore vous inquiéter, et personne ne peut vous garantir que les années à venir seront simples.
Mais vous avez commencé à construire quelque chose. Une vie faite d'efforts, de conversations, de tendresse et de petites victoires.
Et tandis que Nadine s'endort près de toi, tu te dis que la plus grande différence n'est peut-être pas l'argent que tu gagnes désormais.
C'est que tu as enfin accepté de ne plus attendre d'être parfaitement installé dans la vie pour partager la tienne avec elle.
Demain, vous aurez peut-être encore des soucis à régler. Mais vous les affronterez ensemble.
Et pour le moment, cela suffit à rendre cette soirée précieuse.
Chapitre 3 — Toutes ces années que nous avons vécues ensemble
Le temps a passé
Les années ont défilé. Il y a eu des périodes plus faciles et d'autres où vous avez de nouveau dû serrer les dents. Ton travail en chaudronnerie t'a permis de retrouver un peu de stabilité, même si la fatigue était parfois au rendez-vous. Tu as appris à écouter davantage ton corps et à ne plus accepter systématiquement de t'épuiser pour compenser les efforts des autres.
Vous n'êtes pas devenus riches du jour au lendemain. Vous avez continué à compter, à réfléchir avant certains achats et à repousser quelques projets. Mais petit à petit, les difficultés financières ont perdu une partie de leur emprise sur votre quotidien.
Un soir, tu rentres du travail et tu trouves Nadine occupée à préparer le repas. Elle se retourne en t'entendant entrer.
— Alors, mon chaudronnier préféré, comment s'est passée ta journée ?
— Ça va. Un peu fatigué, mais ça va.
Elle t'observe quelques secondes.
— Tu sais que tu as le droit de te reposer quand tu rentres ? Tu n'es pas obligé de continuer à travailler une fois à la maison !
— Ah bon ? Et qui va réparer le monde, alors ?
— Le monde attendra demain ! Allez, viens m'aider à mettre la table.
Tu ris et tu viens l'embrasser avant de prendre les assiettes.
Ces petites scènes sont devenues familières. Vous avez vos habitudes, vos plaisanteries, vos petites manies. Vous savez parfois ce que l'autre va répondre avant même qu'il ait ouvert la bouche.
Et surtout, tu n'as plus besoin de dissimuler tes inquiétudes derrière un sourire lorsque quelque chose ne va pas. Tu peux lui dire que tu as peur de perdre ton travail, que tu te sens épuisé ou que tu as besoin de réfléchir. Elle peut, elle aussi, te confier ses propres préoccupations.
Vous n'êtes pas toujours d'accord. Il vous arrive de vous agacer, de vous répondre un peu sèchement, puis de revenir l'un vers l'autre pour en discuter. Vous apprenez à vivre ensemble, pas seulement à partager un toit.
« Tu te souviens de ce que tu m'avais dit ? »
Un dimanche après-midi, vous êtes assis côte à côte. Vous évoquez vos débuts, les difficultés que vous aviez rencontrées et cette période où tu pensais ne pas pouvoir lui offrir une vie suffisamment stable.
Nadine tourne la tête vers toi.
— Rudy, tu te souviens de ce que tu m'avais dit quand je t'avais proposé de venir vivre avec moi ?
Tu souris, un peu embarrassé.
— Je t'avais dit que j'avais peur de ne pas pouvoir faire vivre un foyer correctement.
— Oui. Et tu te souviens de ce que je t'avais répondu ?
— Que tu ne me demandais pas d'être riche.
— Exactement !
Elle te prend la main.
— Tu sais, je comprends que tu aies eu peur. Je ne vais pas prétendre que les difficultés financières ne comptent pas. Bien sûr qu'elles comptent. Mais moi, je voulais aussi partager ma vie avec toi. Je voulais que tu sois là.
Tu restes silencieux un instant. Ces mots te touchent parce qu'ils font écho à ce que tu aurais tant aimé comprendre plus tôt.
— J'avais honte, Nadine. J'avais honte de ne pas gagner suffisamment, honte de ne pas pouvoir t'offrir davantage. Je pensais qu'en venant vivre avec toi, je risquais de vous entraîner dans mes problèmes.
Elle serre doucement ta main.
— Mais tu ne pouvais pas savoir comment les choses allaient se passer. Moi non plus. On a essayé, c'est tout.
— Et finalement, on a réussi à avancer.
— Oui. Pas tout seuls. Ensemble.
Tu l'attires contre toi et l'embrasses sur le front.
— Merci de m'avoir laissé ma chance.
Elle lève les yeux vers toi, avec un sourire malicieux.
— Ma chance ? Mais tu crois que je t'ai gardé toutes ces années uniquement pour que tu me remercies ?
— Ah bon ? Il y avait autre chose dans le contrat ?
— Oh, plusieurs petites choses, monsieur !
Tu éclates de rire.
Une demande que tu connais bien
Le soir venu, vous êtes tranquillement installés dans le salon. Nadine vient s'asseoir tout près de toi. Elle passe un bras autour du tien, puis pose la tête contre ton épaule.
— Dis, Rudy…
Tu tournes lentement la tête vers elle.
— Oui, Nadine ?
Elle relève le visage et te regarde avec cette expression que tu connais si bien.
— Tu sais quoi ?
Tu prends un air faussement inquiet.
— Je sens que je vais encore devoir deviner quelque chose !
— Mais non, voyons ! Je vais te faciliter la tâche.
Elle se rapproche et dépose un baiser sur tes lèvres.
— J'ai envie de toi.
Tu souris, touché autant par sa spontanéité que par cette complicité qui vous accompagne depuis le début.
— Ah, ça, au moins, c'est clair !
— Parce que tu préférais quand je te faisais des devinettes ?
— Je n'ai pas dit ça ! Mais tu sais que j'aime bien te taquiner.
— Et moi, j'aime bien quand tu me taquines… jusqu'à un certain point !
Vous riez. Tu l'embrasses tendrement, puis tu la serres contre toi. Elle te rend ton baiser et caresse doucement ta joue.
— Tu sais ce que j'aime le plus, Rudy ? demande-t-elle.
— Quoi donc ?
— Pouvoir être avec toi comme ça. Sans devoir prévoir quand on se reverra. Sans devoir compter les jours. Savoir que tu es là, et que demain, tu seras encore là.
Cette fois, tu ne réponds pas immédiatement. Tu comprends que, pour elle, ces retrouvailles permanentes ont une valeur qui dépasse largement les moments d'intimité.
Tu lui souris.
— Alors, profite de moi, Nadine. Je suis là.
Elle t'embrasse de nouveau.
La soirée vous appartient. Vous partagez votre tendresse et votre désir dans cette intimité qui vous est propre, avec le plaisir de vous retrouver sans précipitation et sans la séparation qui autrefois ponctuait vos rencontres.
Un soir ordinaire, devenu précieux
Quelques semaines plus tard, vous faites les comptes du mois. Pour la première fois depuis longtemps, toutes les dépenses essentielles sont couvertes et il reste même un peu d'argent de côté.
Tu vérifies les chiffres une dernière fois.
— Bon. Je crois qu'on peut se permettre une petite sortie le mois prochain.
Nadine se tourne vers toi.
— Une sortie ? Tous les deux ?
— Non, je pensais emmener le réfrigérateur au restaurant. Évidemment, tous les deux !
Elle éclate de rire.
— Tu es impossible !
Vous commencez à imaginer ce que vous pourriez faire. Rien de spectaculaire, peut-être une journée quelque part, un repas dans un petit restaurant ou une promenade dans un endroit que vous aimez.
Ce qui compte, ce n'est pas le prix de la sortie. C'est de pouvoir la prévoir sans que chaque euro dépensé devienne une source d'angoisse.
Plus tard, vous vous installez près de la fenêtre. La soirée est calme. Nadine pose sa tête sur ton épaule et tu passes un bras autour d'elle.
Tu repenses à ton ancien studio, aux longues journées de travail, à l'argent qui ne suffisait jamais et à cette honte qui t'avait empêché d'imaginer une vie commune avec elle.
Dans cette autre histoire, tu avais accepté de faire un pas malgré tes peurs. Tu avais cherché un autre travail. Vous aviez traversé des moments difficiles, parfois pénibles, mais vous aviez aussi construit des années de souvenirs.
Tu ne sais pas si tout aurait été parfait. Rien ne l'est jamais. Mais tu as vécu avec elle les matins ordinaires, les soirées tranquilles, les discussions sérieuses, les plaisanteries, les réconciliations et les moments de tendresse.
Et lorsque Nadine relève la tête pour te regarder, tu lui souris.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-elle.
— Rien. Je suis bien, c'est tout.
Elle t'embrasse doucement.
— Moi aussi, Rudy.
Le lendemain, et tous les autres jours
La vie continue. Le lendemain, il faudra retourner travailler, préparer les repas, régler les dépenses et penser aux choses pratiques. Il y aura encore des soucis, des journées fatigantes et des décisions à prendre.
Mais il y aura aussi Nadine qui t'attendra, Nadine qui te racontera sa journée, Nadine qui viendra se blottir contre toi pour te demander, avec son petit sourire :
— Dis, Rudy… tu sais quoi ?
Et toi qui répondras, en faisant mine de soupirer :
— Allez, raconte-moi. Qu'est-ce que tu as encore inventé ?
Vous rirez, vous vous embrasserez, et vous continuerez votre histoire.
Dans cette vie imaginée, tu n'as pas attendu que tous tes problèmes disparaissent pour accepter de vivre avec Nadine. Tu as accepté de construire avec elle malgré l'incertitude. Et vous avez fait de votre mieux, jour après jour.
Ce n'est pas une promesse que tout aurait fonctionné ainsi dans la réalité. C'est une possibilité parmi celles que la vie vous aurait peut-être offertes.
Mais, dans cette histoire, vous avez eu le temps. Du temps pour vous aimer, pour apprendre à vivre ensemble, pour surmonter certaines difficultés et pour profiter de ces petits instants qui, mis bout à bout, composent une existence.
Et le soir, quand tu t'endors près d'elle, tu n'as pas besoin de te demander quand tu la reverras.
Elle est là.
Tu peux fermer les yeux, rassuré par sa présence, avec la simple pensée que demain sera un autre jour à partager.
Et pour cette nuit, cela suffit.
Une nouvelle étape de ma vie : ne plus laisser mes anciennes peurs décider à ma place
Depuis l'époque où Nadine m'a proposé de vivre avec elle, ma situation a évolué. Les difficultés que je connaissais alors, les inquiétudes financières, la honte que je ressentais face à ma situation et la peur de ne pas être capable de construire un foyer ont longtemps pesé sur mes décisions. Aujourd'hui, je ne vis plus les choses de la même manière.
Ma situation actuelle n'est pas particulièrement aisée sur le plan financier. Je perçois désormais le RSA et je ne dispose pas de grandes ressources matérielles. Cependant, ma vie ne se résume plus aux difficultés qui occupaient autrefois mes pensées. J'ai créé L'Arche numérique, un projet personnel auquel je consacre du temps et de l'énergie, et j'ai encore de nombreuses idées et perspectives en tête. J'ai des choses à construire, des connaissances à transmettre et des projets que je souhaite faire évoluer.
Ce changement ne signifie pas que tous les problèmes ont disparu, ni que je possède aujourd'hui toutes les garanties nécessaires pour construire une vie à deux. Il signifie plutôt que je ne regarde plus mon avenir uniquement à travers mes manques et mes difficultés. Je peux reconnaître que mes moyens financiers restent limités tout en sachant que j'ai aussi des idées, des capacités, des envies et une volonté de bâtir quelque chose.
En repensant à Nadine, je comprends mieux ce qui m'a manqué à l'époque : je n'ai pas suffisamment réussi à lui ouvrir la porte de mes difficultés intérieures. J'avais peur de ne pas être à la hauteur, alors que j'aurais peut-être dû lui permettre de comprendre ce que je traversais et de réfléchir avec elle aux possibilités qui existaient. Je ne saurai jamais ce que notre vie aurait réellement été si j'avais accepté sa proposition. Mais je peux apprendre de cette histoire sans prétendre connaître le résultat de ce qui n'a jamais eu lieu.
Aujourd'hui, si une future compagne me propose de construire une vie avec elle, je ne veux plus répondre uniquement à partir de mes anciennes peurs. Je veux pouvoir lui parler franchement de ma situation, de mes ressources, de mes projets et de mes difficultés éventuelles. Je veux que nous puissions réfléchir ensemble, envisager les possibilités et prendre nos décisions en connaissance de cause.
Dire oui ne voudra pas dire que je lui promets une vie facile, que je possède déjà tout ce qu'il faut ou que l'amour suffira à résoudre chaque problème. Cela voudra dire que je suis prêt à envisager une construction commune, avec ses efforts, ses ajustements, ses incertitudes et ses joies. Je ne veux plus considérer que je dois nécessairement avoir tout réglé avant de pouvoir partager ma vie avec quelqu'un.
L'Arche numérique et mes autres projets représentent aussi une part de ce que je suis aujourd'hui. Même si je ne possède pas une grande richesse matérielle, j'ai des choses que je souhaite développer et partager. Je ne veux pas les présenter comme des garanties de réussite, mais comme des éléments réels de ma vie, de mes aspirations et de ce que je peux apporter à une relation.
Cette réflexion donne un autre sens à la note consacrée à Nadine et aux trois chapitres imaginaires qui la suivent. Le récit de notre histoire réelle demeure celui de ce que nous avons vécu et de ce que nous n'avons pas construit ensemble. Les chapitres imaginaires explorent une possibilité qui ne s'est jamais réalisée. Cette nouvelle étape, quant à elle, parle de mon présent et de la manière dont je souhaite aborder mon avenir.
Je ne peux pas revenir en arrière pour changer mes décisions, ni savoir avec certitude ce que Nadine et moi serions devenus. En revanche, je peux faire en sorte que mes regrets ne soient pas seulement une douleur tournée vers le passé, mais aussi une occasion de comprendre ce que je veux faire différemment désormais.
Si une nouvelle histoire d'amour se présente à moi, je veux me donner la possibilité de dire oui, sans déni et sans dissimuler mes difficultés par honte. Je veux pouvoir dire : « Construisons ensemble, parlons-nous franchement et cherchons ensemble notre chemin. »
Je ne sais pas quand une telle rencontre aura lieu, ni quelle forme prendra cette future vie à deux. Mais je sais que ma situation a changé, que mon regard sur moi-même a évolué et que je ne veux plus laisser les mêmes peurs décider seules à ma place. Mon passé fait partie de mon histoire, mais il n'a pas à écrire toutes les pages de mon avenir.